20 oct. 2010

La pensée visuelle

- Le cerveau -
"quand la matière pense"


Texte de Daniel Pérusse

Prenez deux cailloux et mettez-les dans un tiroir. Ajoutez de la terre, un peu d'eau. Un jour, un mois, un an plus tard, ouvrez le tiroir. Vous y trouverez... deux cailloux. Mais faîtes la même chose avec deux fourmis. l'une mâle l'autre femelle, le tiroir se transformera en fourmilière.
Ce tiroir ouvert en est un sur la vie: les cailloux sont inertes, dit-on, les fourmis sont vivantes. Pourtant, matière dans les deux cas, et matière identique: mêmes atomes, de carbone d'oxygène, d'azote, des 92 éléments qui forment la planète.
La différence, c'est que la matière-fourmi- est organisée. Organisée selon un code élaboré sur Terre il y a quatre milliards d'années. Inscrit dans toutes les cellules de tous les êtres vivants, enroulé dans des rubans chimiques qu'on appelle ADN. Ces torsades forment les gènes qui contiennent le secret de la vie: l'information.
Issu des gènes, le cerveau est l'organe qui - boucle la boucle- de l'information:
- matière qui réfléchit sur elle-même -, il fait naître, chez l'homme, les idées. Et comme les gênes soumis à la sélection naturelle qui se propagent par la reproduction, les idées, passées au tamis de la sélection culturelle, voyagent par la parole, porteuses de l'information nécessaire a la vie...
On en sait beaucoup et très peu sur le cerveau: une armada de cellules - 10 milliards- qu'on appelle neurones. Des messages électriques qui courent le long des millions de fibres nerveuses, qui s'allument et s'éteignent comme des lumières de Noël. On sait ce qui produit l'allumage - une polarisation des membranes cellulaires - et que d'autres substances, les neurotransmetteurs, font les relais de cette incroyable centrale organique.
On sait tout cela grâce aux spécialistes du cerveau, qui sont nombreux: physiologistes, psychologues, biochimistes, neurologues, anatomistes. Mais ces derniers, particulièrement le docteur Penfield de l'Institut neurologique de Montréal, nous ont aussi appris une chose fondamentale:
  • le cerveau est construit suivant une représentation physique du monde. On peut le cartographier. Ici les membres, là le visage, entre les deux la main. Comme la Terre, il se divise en deux hémisphères.
  • Lorsque séparés par la chirurgie pour empêcher la propagation de tissus épileptiques, ces hémisphères révèlent une spécialisation: à droite, perception visuelle, conception spatiale, appréciation musicale; à gauche, langage, calcul, logique. Le cerveau a deux têtes...
Mais des études plus récentes nous ont appris encore davantage. Contrairement a une plaque photographique qu'impressionne la lumière, le cerveau n'est pas le réceptacle passif d'informations relayées par ses sens: il -fabrique- la signification du monde. Animé, selon le biologiste anglais J. Z. Young, de - programmes qui maintiennent la vie et empêchent l'organisme de se dissoudre -, le cerveau part à la recherche de l'information, la complète, la symbolise.
Les amputés souffrant de - douleurs fantômes - sont victimes de cette création d'information: ils ont mal à cette jambe qui n'est plus là. Et plus qu'une simple caméra, l'œil, a la recherche de réponses aux questions du cerveau, balaie une image à plus de 1000 mouvements par seconde: il ne voit pas, il regarde. Lorsque les aveugles de naissance recouvrent la vue, ils ne distinguent qu'une - masse de couleurs : le cerveau, éteint par les années d'obscurité, ne pose plus de questions...

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